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Le weight-cut dans les sports de combat (Partie 2)

Dans le premier article ( que vous pouvez retrouver içi ) , nous avons vu la définition du weight-cut et comment il se déroulait généralement. Ainsi, nous avons pu voir quelques exemples de combattants de l’UFC qui ont l’habitude des cutting extrêmes, parfois trop extrêmes justement. Le but étant de combattre dans une catégorie de poids bien en dessous de la leur. Pourtant, les résultats ne sont pas toujours ceux escomptés.

Le weight cut dans les sports de combat pt2

Nous allons maintenant voir des exemples de combattants qui ont réussi leur montée de catégorie. Et enfin, nous verrons quelles solutions, les organisations peuvent mettre en place pour limiter le weight-cut et ainsi protéger la santé des combattants.

Des exemples de montée de catégorie réussis

Nous allons maintenant nous attarder sur quatre combattants de l’UFC qui ont compris qu’abuser du weight-cut n’était pas forcément une bonne idée. D’ailleurs tous ceux que je vais vous présenter ont parfaitement su gérer ce changement de catégorie. Certains sont champions, d’autres aux portes du Title Shot. Cependant, il faut relativiser là aussi. Bien qu’ils aient monté de catégorie, cela ne veut par forcément dire que le weight-cut est inexistant ou que leur approche du combat n’a pas changé. Ce que l’on peut affirmer sans doute, c’est qu’il « joue » moins avec leur santé.

Robert Whittaker

Robert Whittaker est l’actuel champion des middleweights. Il est sur une série de 8 victoires depuis qu’il est monté dans cette catégorie. Jusqu’à 2014, Robert combattait chez les welterweights ( – de 77,1 kilos ).
Après 12 victoires pour 4 défaites, il se décide à monter chez les poids moyens. Dans une interview, Whittaker raconte qu’il en avait assez de faire des weight-cut extrêmes et souffrir sans cesse de la déshydratation. Il affirme qu’il avait plus peur de son combat contre son poids que de rentrer dans la cage. Dans une interview avec Mark Hunt, Whittaker raconte que lorsqu’il combattait chez les welterweights, il lui est arrivé de passer de plus de 105 kilos à moins de 77,1.

Ce changement de catégorie est donc sans aucun doute une excellente décision. Il le dit lui même, « C’est l’une des principales raisons de mon succès à – 83,9 kilos. Je suis clairement un poids moyen plus naturel. Je suis certainement beaucoup plus fort maintenant et je peux aussi absorber plus de coups de poing. Enfin je suis au bon endroit pour mon corps et c’est pourquoi je m’amuse tant. Mon niveau de confiance a augmenté de façon spectaculaire parce que je fais maintenant confiance à mon corps pour performer à 100%”.

Quand on pense qu’il s’est fait mettre KO quelques années plus tôt par Stephen Thompson et que depuis, il a réussi à connaître le succès à chaque fois contre de vrais monstres. Deux guerres contre Yoel Romero, des victoires par KO contre Jacare Souza, Derek Brunson ou le puissant Clint Hester.
Comment peut-on douter une seule seconde que cette montée de catégorie n’ait pas directement influé sur les performances de l’Australien ?
Bien sûr, en MMA, Robert cutte encore une dizaine de kilos. Par exemple pour les compétitions de grappling, il lutte chez les moins de 97 kilos.

Thiago Santos

Ayant fait la plus grande partie de sa carrière chez les middleweights, le Brésilien spécialiste de la capoeira s’est décidé à monter chez les lourds-légers en fin 2018. Ce changement de catégorie n’est pas négligeable, car plus de 9 kilos les séparent.
Malgré un parcours honorable chez les poids moyens ( 10 victoires pour 5 défaites ) Thiago tente donc sa chance dans la catégorie qui est dominé par l’invaincu Jon Jones. Quel challenge plus excitant que de gravir les marches pour affronter celui qui est considéré par beaucoup comme le GOAT ?
La dernière défaite de Santos remonte à Avril 2018 contre David Branch. Le Brésilien se fait alors mettre KO dès le premier round par un Branch qui n’est pourtant pas connu pour son Knockout power ( seulement 6 victoires par KO en 28 combats ).

Le 22 septembre 2018 commence alors l’aventure chez les lourds-légers. Santos affronte Eryk Anders qui se tente lui aussi pour la première fois dans cette catégorie. Le Brésilien met KO Anders durant le 3ème round. Ses débuts sont réussis contrairement à son adversaire qui vient d’enchaîner trois défaites et un retour chez les poids moyens.
Ainsi, Santos fait deux combats en deux mois et signe deux victoires par KO contre Blachowicz et celui qui est réputé pour enchaîner les KO, Jimi Manuwa.
Après ces trois victoires, Thiago obtient un combat pour le titre contre Jon Jones. Et quel combat ! Thiago Santos perd par décision partagée ( une première pour Jon Jones ) au terme d’un combat très serré !
Réduire son weight-cut a donc été bénéfique pour Santos.

Anthony Smith

Tout comme son ancien ( et futur ? ) adversaire Thiago Santos, Smith s’est décidé de monter chez les lourds-légers afin d’arrêter notamment les souffrances que lui infligeaient ses nombreux weight-cut. Antony affiche une longue carrière chez les poids moyens, 28 victoires pour 13 défaites. Il s’agit donc d’un combattant avec beaucoup d’expérience. C’est ainsi qu’après son KO contre Santos en février 2018, Smith se décide à monter dans la catégorie supérieure. En effet, suite à ce combat, Smith déclare « Ma vision commençait à se brouiller et mes yeux n’arrivaient pas à se concentrer. J’avais la sensation de brûlure dans le dos, comme si vous pouviez sentir vos organes vous faire mal. Mon cutting a été beaucoup trop rapide. »

Ce n’était pas la première fois que Lionheart souffrait de ses weight-cut extrêmes. Il avoue que cela lui cause des problèmes d’attention, de concentration et d’équilibre. « Les gens pensent que je suis grincheux et calme, je ne suis pas calme, je suis confus et je ne peux pas avoir une conversation parce que j’ai deux voix dans ma tête ». De même durant les jours de pesées, il déclare «  je ne suis pas capable de rester debout sans aide très longtemps parce que je vais m’évanouir ou je vais tomber ».
Sa montée chez les light heavyweights a donc été plus que bienvenue.

Il commence par mettre KO Rashad Evans et Mauricio Rua, tous deux lors du premier round. Vient ensuite un combat contre Volkan Oezdemir qui vient de sortir perdant d’un combat pour le titre contre Daniel Cormier. Là encore le Lionheart impressionne et soumet le Suisse. Pas de temps à perdre pour Smith, il obtient ainsi la chance de combattre pour le titre contre Jon Jones en mars 2019.
Malheureusement, il perd à la décision. Mais il rebondit très vite en soumettant Gustaffson, qui prend sa retraite après ce combat.
Là aussi nous avons un bel exemple de montée de catégorie réussie.

Anthony Pettis

Pour ce dernier exemple, j’ai décidé de vous parler du Showtime. J’ai nommé Anthony Pettis. Depuis qu’il est à l’UFC, Pettis a navigué entre les poids légers ( – 70,3 kilos ) et les poids plumes ( – 65,7 kilos ). D’ailleurs il remporte le titre des poids légers en soumettant Benson Henderson. Puis à la suite de trois défaites consécutives, toutes par décision, contre tout de même RDA, Alvarez et Barboza, Showtime décide de tenter sa chance chez les poids plumes. L’expérience est rapide, après deux combats, une victoire et une défaite par KO contre Holloway, il retourne chez les légers.

Cette aventure chez les poids plumes a été très dur physiquement pour lui. Il raconte que pour la pesée ( qu’il a loupé ) pour son combat contre Holloway, il avait même du mal à marcher jusqu’à la balance. On peut noter aussi qu’après son combat contre Max, Showtime est monté jusqu’à plus de 90 kilos. Les conséquences d’un weight-cut poussé à l’extrême…
Dans la catégorie où Khabib règne, Pettis y fait alors quatre combats, deux victoires et deux défaites contre la crème de la crème, Tony Ferguson et Dustin Poirier.

C’est en 2019 qu’il part chez les welterweights ( – 77,1 kilos ). Il fait ainsi une entrée fracassante dans la catégorie en mettant KO pour la première fois Stephen Thompson.
Il raconte ainsi «  la catégorie des welterweights, c’est un poids naturel pour moi. Je veux me battre plus, je ne veux pas tuer mon corps. Je ne veux pas prendre deux mois pour faire le poids et me battre. » Pettis avoue tout de même qu’il est possible qu’il retourne de temps en temps chez les poids légers si un combat intéressant lui est proposé.

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Quelles solutions contre le weight-cut abusif en MMA ?

Je vais maintenant exposer quelques idées, parfois farfelues, qui pourraient êtres mises en place par les organisations afin de limiter le weight-cut et ainsi protéger la santé des combattants.

Deux pesées ?

Tout d’abord, on pourrait s’inspirer de certaines mesures prises dans les compétitions amateurs aux États-Unis ( dans certains États ).
Ainsi, le combattant devrait faire deux pesées.
La première, la veille du combat et la seconde le jour du combat. Bien sûr, on pourrait permettre au combattant de reprendre quelques kilos. En limitant ses kilos supplémentaires. Un maximum de 5 kilos serait par exemple la limite. Cela permettait d’en finir avec les combattants arrivant le jour du combat avec 10 ou même 15 kilos de plus que la limite de sa catégorie. Le concept de limite de poids dans les catégories retrouverait alors un minimum de sens.

Une pesée 2 heures avant le combat ?

Une autre idée serait de faire une seule pesée, mais le jour même du combat. Et même moins de 2 heures avant le combat. Cela réduirait certainement les risques des combattants d’envisager des weight-cut sévères, la réhydratation n’étant pas possible en si peu de temps. Du moins, j’espère qu’ils ne prendraient pas le risque d’essayer…
Avec cette solution, il est certain que beaucoup, vraiment beaucoup de combattants changeraient de catégorie et iraient donc dans leur «  catégorie » naturelle. Cela changerait alors tout l’équilibre des organisations, et les champions de chaque catégorie seraient différents sans doute.
Mais est-ce que les organisations sont prêtes à tous ces changements ? Certainement pas !

Plusieurs tests de santé ?

Des tests de santé poussés pourraient être une bonne idée. Lors de la pesée, on pourrait ainsi calculer le taux d’hydratation et la masse graisseuse du combattant. On pourrait même lui faire faire des tests rapides d’attention, de concentration, de vision et d’équilibre.

Des sanctions financières et sportives ?

Les sanctions financières très importantes pourraient dissuader certains combattants. Par exemple si la limite de poids est dépassée, l’intégralité de la bourse de l’athlète sera versée à l’adversaire. On pourrait également rajouter une interdiction de combattre d’une année. Cela peut être une bonne idée, mais il ne fait aucun doute que beaucoup de combattants continueraient leurs weight-cut en se rajoutant encore plus de pression, cela pourrait être encore plus dangereux. En tout cas, ils y réfléchiraient à deux fois avant de signer un combat dans une catégorie trop basse.

De nouvelles catégories ?

La meilleure idée serait selon moi de créer davantage de catégories. Au moins quatre supplémentaires. Par exemple, une nouvelle catégorie à moins de 74 kilos ( super lightweights ), une autre à moins de 81 kilos ( super welterweights ), une en dessous des 88 kilos ( super middleweights ) et une dernière à moins de 100 kilos ( cruiserweights ). Cela permettrait aux combattants d’aller dans une catégorie qui leur correspond davantage. Les organisations créeraient plus de ceintures, il y aurait plus d’enjeux et des affrontements qui ne seraient pas possibles aujourd’hui. On aurait également plus de rencontres entre les champions des catégories. Mais là encore, certains combattants continueraient à prendre des risques pour essayer d’aller chercher encore plus de ceintures ou à combattre dans une catégorie un peu plus basse alors qu’ils sont déjà à la limite dans leur catégorie d’origine…

Conclusion

Nous avons donc vu que parfois, la montée d’une ou deux catégories est bénéfique pour les combattants. Ils accèdent même plus facilement au titre ou dans le top 3 de la division. En plus de réduire les risques avec leur santé, on y découvre des combattants complètement différents avec quelques kilos en plus. Certains réalisent même des exploits en mettant KO des athlètes n’en ayant jamais connu.

Limiter le weight-cut est donc positif et il faut trouver des solutions pour protéger les athlètes. Il faut se rendre compte que pour la plupart, le combat pour le poids est beaucoup plus dur que le combat contre l’adversaire. Mais à qui la faute ? Les organisations qui ne réagissent pas ou très peu à ce phénomène ? Les combattants qui veulent dépasser toujours plus les limites de leurs corps ?
Une chose est sûre, il faut trouver une solution pour que ces formidables athlètes et ce magnifique sport qu’est le MMA perdurent encore longtemps.

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