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Apprendre une technique d’arts martiaux pour le tatami et pour la rue

Introduction

Comment apprendre une technique d’arts martiaux après l’avoir vue dans un combat ? Ou comment entraîne-t’on efficacement une technique que l’on connaît vaguement ? C’est ce que je traiterai dans cet article, car il y a différents processus d’apprentissage et encore plus de manières de l’entraîner.

Apprendre une technique d'arts martiaux

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Premièrement, nous analyserons les différents processus de compréhension d’une technique ou d’une matière. Car un novice ne va pas appréhender une nouvelle technique de la même manière qu’un expert ayant vingt années de pratique.

Nous verrons ensuite comment décomposer une technique définie. Et surtout nous analyserons les différentes manières afin de maîtriser une technique. Pas seulement savoir l’exécuter, mais la comprendre, la pratiquer, l’expliquer et l’appliquer en combat réel.

De quel art martial parle-t’on ?

Pour autant que vous ayez des partenaires d’entraînement, nous pouvons inclure tous les arts martiaux existants. C’est-à-dire que peu importe l’art martial pour lequel vous avez choisi une technique, vous pourrez appliquer les principes que nous allons voir dans cet article.

Si vous partez du principe que vous vous entraînerez seul, il y a de nombreux aspects que vous ne pourrez pas couvrir, par exemple l’application en combat. D’un point de vue technique et tactique, en vous entraînant seul, vous ne couvrirez qu’une infime partie de l’apprentissage d’une technique d’arts martiaux.

Avec un art martial de percussion, comme le karaté, la boxe, le taekwondo, vous serez moins dépendant d’un partenaire pour perfectionner vos mouvements. En revanche, pour apprendre une technique d’arts martiaux complètement, dans les arts de préhension comme le judo, la lutte et le jiu-jitsu brésilien, vous serez 100% dépendant d’un partenaire.

Les étapes d’apprentissage et compréhension d’une technique

1. Nous ne savons pas que nous ne maîtrisons pas

Il s’agit de la forme la plus brute d’ignorance. Nous faisons des fautes techniques lors de la mise en application d’un coup de poing, coup de pied, projection, ou clé articulaire.

Funny boy

Il s’agit de l’état où “on fait faux”, mais on ne sait pas pourquoi ni comment. On ne remarque simplement pas que l’on fait faux. Nous n’avons pas encore acquis un niveau de perception assez élevé pour discerner les mouvements corrects et ceux qui sont faux ou superflus.

2. Nous savons que nous ne maîtrisons pas

À présent, nous remarquons nos fautes et nous voyons clairement la différence entre un pratiquant avancé et nous-mêmes. Nous remarquons plus précisément ce que nous faisons faux et quels mouvements sont mieux contrôlés par un pratiquant plus avancé.

Instructeur corrige son élève en karaté

À ce stade, nous remarquons nos fautes, mais nous ne savons pas encore comment les corriger, ni comment avoir un mouvement plus propre.

Nous n’avons pas encore la capacité de “faire juste”, mais au moins nous l’avons remarqué.

3. Nous ne savons pas que nous maîtrisons

Maintenant, à force de répétition, nous arrivons à exécuter la technique assez proprement et d’une manière nettement plus efficace qu’avant. Nous sommes nettement plus pointus au niveau de notre perception et de nos sensations vis-à-vis de la technique en question. Et nous sentons que nous arrivons à l’exécuter sans réfléchir, de manière naturelle. Nous sommes au point où nous perfectionnons nos mouvements constamment.

Projection de judo

Par contre, nous ne pouvons pas définir ni expliquer clairement pourquoi nous faisons juste, et quelles différences exactes il y entre nous et un pratiquant moins avancé qui vient de commencer. Nous sentons que nous réussissons, mais nous ne pouvons pas encore expliquer clairement les différents détails à maîtriser pour parvenir à ce niveau.

4. Nous savons que nous maîtrisons

Les termes restent bien sûr très vastes, car pour apprendre une technique d’arts martiaux, on ne la maîtrise jamais réellement. Nous sommes au point ou nous avons suffisamment progressé dans notre matière pour en comprendre l’essence.

Nous maîtrisons la technique, et maintenant nous savons aussi clairement comment l’entraîner, la mettre en pratique, et la faire comprendre chez quelqu’un qui n’a pas le même niveau de perception que vous.

Enseignement de Yoda

Bon OK, rien à voir avec les arts martiaux, mais vous avez compris !

À ce stade, nous pouvons dire clairement et explicitement ce que nous faisons juste et pourquoi nous le faisons juste. Et surtout, nous pouvons corriger très précisément un pratiquant débutant et souligner ses fautes.

C’est un stade où nous possédons la connaissance sensorielle (savoir-faire) et la capacité d’analyse, de recul et de critique (savoir expliquer). À ce stade -là, nous pouvons plus efficacement progresser dans la pratique, la transmission et l’apprentissage d’une technique d’arts martiaux.

Comment apprendre une technique d’arts martiaux ?

Maintenant que nous avons vu les différents niveaux de compréhension d’une technique ou d’un ensemble de techniques, nous allons décomposer les moyens pour parvenir à la maîtriser.

Il ne faut pas juste la répéter inlassablement pour pouvoir la mettre en application dans un combat réel. C’est en réalité bien plus complexe que ça. Il y a plusieurs manières d’appréhender la compréhension et l’apprentissage d’une technique.

Définir une technique à analyser

Avant tout, nous allons définir une technique à apprendre et à analyser.

Prenez par exemple la première technique de cette vidéo: le double leg takedown. Pour apprendre une technique d’arts martiaux, vous devez vous baser sur une source. Elle peut être la démonstration d’un instructeur, une vidéo sur youtube, ou encore une technique que vous avez décortiquée dans un combat.

1. La comprendre

La première étape pour apprendre une technique d’arts martiaux est de comprendre à quoi elle va me servir. Dans quelle situation je vais pouvoir l’utiliser ? Est-elle applicable en randori (combat, sparring) ? Ou peut-être sera-t-elle travaillée dans une optique de rue ? Dans notre cas, pour le double legs takedown, je vais pouvoir l’appliquer en sparring et dans la rue.

Ou la technique en question n’aura pas une finalité de combat, mais plutôt de démonstration. Auquel cas, le point numéro 4 sera légèrement différent, et la mise en application comportera une simulation de la démonstration.

La visualisation de la technique est primordiale pour optimiser sa vitesse d’apprentissage, je m’explique. Lorsque vous voulez travailler une phase spécifique de combat, dans notre cas un double legs takedown. Vous devez déjà vous imaginer comment vous allez l’exécuter et comment vous allez vous positionner sur chacun de vos appuis. Si déjà dans cette phase tout est clair pour vous, vous arriverez déjà plus vite à maîtriser la technique.

Visualisation

Pour un double legs takedown, vous devez avoir clairement visualisé comment vous descendez votre centre de gravité, jusqu’à quel niveau, et également comment je vais positionner mes pieds. Ensuite je vais très précisément m’imaginer comment je vais placer mes mains pour actionner la mise au sol.

Afin d’apprendre une technique d’arts martiaux, le processus de visualisation sera pour vous une grande aide pour accélérer sa maîtrise. Ainsi, il peut se travailler avant d’exécuter une technique, ou simplement chez vous en dehors des entraînements.

2. L’apprendre étape par étape

Vous devez obligatoirement réussir à la décomposer en plusieurs parties. Changeons de technique et prenons l’exemple d’une projection ippon seoi nage en judo.

Ippon Seoi Nage

  1. Nous avons premièrement le déséquilibre du partenaire en le tirant contre soi.
  2. En phase deux, nous avons la prise sous l’aisselle, ainsi qu’un déplacement de la jambe droite.
  3. Phase trois, nous allons descendre le centre de gravité en conservant la force de traction sur son adversaire.
  4. Et quatrièmement, nous allons charger notre adversaire sur soi et le projeter au sol.

Nous avons donc séparé notre technique en 4 étapes bien distinctes. Il nous reste plus qu’à travailler séparément chaque séquence, puis de les assembler.

Nous allons premièrement entraîner les séquences séparément. Puis nous travaillerons la partie 1 et 2 en un bloc, puis la 3 et 4 en un deuxième bloc. Finalement, nous allons entraîner la technique d’une traite.

3. La driller

Une fois la technique comprise et mémorisée par le pratiquant, il faut l’inscrire dans la mémoire musculaire. C’est donc la clé pour apprendre une technique d’arts martiaux et surtout pour l’exécuter sans réfléchir. Avoir réussi une projection ou une clé de bras une seule fois ne signifie pas qu’on la maîtrise. Vos muscles doivent aussi s’en souvenir ! C’est primordial pour devenir efficace.

Prenons l’exemple de la marche, vous ne devez pas constamment réfléchir quel pied vous devez avancer lorsque vous marchez. Votre mémoire musculaire le fait à votre place. Pour les arts martiaux, c’est exactement la même chose, vous devez répéter un mouvement jusqu’à ne plus réfléchir et le faire instinctivement.

Il faut driller la technique au complet, ainsi que les différentes étapes qui la composent.

Mais alors, quelle est la différence entre entraîner la technique pour l’apprendre, et la driller ?

Lorsque nous drillons, nous savons déjà comment effectuer la technique sans faire de fautes. Il est très important de répéter (drills) une technique une fois que l’on sait l’effectuer de manière autonome !

4. L’appliquer en combat

Cette ultime et dernière phase de travail est la plus complexe, la plus importante et dépend en grande partie de votre art martial. Appliquer une technique en combat dépendra surtout de vous-même. Un professeur pourra donc moins facilement vous transmettre cette capacité. Il pourra vous faire pratiquer des exercices qui vous aideront à à comprendre comment l’appliquer en combat.

Vous l’avez compris, pour apprendre une technique d’arts martiaux, vous devez pouvoir l’appliquer !

Iceberg et le combat

Représentation des aspects de l’apprentissage d’une technique selon le niveau d’importance

Prenons l’exemple d’une esquive de boxe suivie d’un uppercut. Admettons que je viens de décomposer ma séquence, que je la sais sur le bout des doigts, et que je l’ai drillé suffisamment pour la faire sans réfléchir. Vous vous mettez dans une session de sparring et là… impossible de l’appliquer… pas pu rentrer ma technique une seule fois ! C’est très frustrant. Pourtant cela arrive très fréquemment, et ça survient en général quand il n’y pas eu de mise en application correcte.

Pourquoi ? Parce que lorsqu’on nous répétons et drillons une technique nous la marquons dans notre mémoire musculaire, mais nous n’avons fait qu’à peine 20% du travail, tout le reste vient en combat.

Lorsque nous répétons une technique, nous ne travaillons pas le timing, la lecture de combat, la réaction, et la différenciation. Pourquoi ? Simplement parce que lorsque nous répétons, nous chorégraphions. Et qui dit chorégraphie, dit suppression du schéma de jeu et d’affrontement. Nous perdons donc le travail d’éléments obligatoires et nécessaires dans un cas de combat réel.

Il est donc primordial d’avoir une méthodologie efficace pour mettre en application sa technique.

a. Randori ou sparring spécifique à notre technique

Il s’agit de la première phase de combat qui va vous permettre de comprendre et de sentir quand placer votre technique dans un cas réel. Reprenons notre exemple de boxe avec une esquive et un uppercut.

Pour une phase de sparring ou randori spécialisé. Nous allons placer nos deux pratiquants sur le ring et les mettre dans une situation de combat en spécifiant qu’ils doivent combattre comme s’ils jouaient, sans résistance. L’un va se concentrer essentiellement sur cette technique, sans omettre les autres, mais en essayant de placer cette technique-là en priorité.

Le but de votre partenaire sera de vous faire provoquer cette technique en combattant. Il faut toutefois faire attention de ne pas tomber dans un schéma chorégraphié comme nous l’avons vu au point 2 et 3. Dans cette phase, votre partenaire ne résiste pas et ne cherche pas à contrer votre technique.

b. Randori ou sparring avec complète implication

Sparring randori

Pour finir, vous allez mettre en application la technique lors d’une session de randori / sparring avec implication complète des deux participants.

Dans ce cas de configuration, votre adversaire ne va pas vous laisser faire, vous pouvez combattre à 80% ou 100%. Votre but sera de dominer votre partenaire en utilisant un maximum de fois la technique travaillée. Il faut bien sûr faire attention, à ne pas trop l’utiliser, et à la placer au bon moment pour surprendre !

Pour apprendre une technique d’arts martiaux, c’est réellement dans cette phase de travail que vous saurez avec quelle efficacité vous l’avez assimilée.

Le problème de l’application en self-défense

Si une discipline se cantonne à ne jamais faire pratiquer de combats (même dans un esprit de jeu, elle produira des pratiquants bloqués au niveau 3 d’une technique. C’est-à-dire qu’ils seront très doués pour la démontrer, mais pas pour l’appliquer. Imaginez un tennisman qui répète ses mouvements uniquement contre un mur en espérant devenir efficace une fois qu’il joue contre un véritable joueur ; ça n’a pas de sens. Un art martial qui ne met pas en application ses techniques sous forme de sparring ou randori, reste dans un domaine de chorégraphie.

Quand je vous parle de sparring ou randori, je ne vous parle pas de défenses contre des attaques (libres ou variées), car votre agresseur, dans la plupart des cas, ne réagit pas après vous avoir attaqué. Dans ce cas-là, nous sommes toujours dans la phase 2 et 3. Je vous parle d’une confrontation entre deux ou plusieurs individus, encore une fois, même sous forme de jeu !

Je ne dis pas que la self-défense ne met pas en application ses techniques, je dis qu’elle peut ne pas le faire si elle omet complètement de ses entraînements le principe du sparring.

Exemple d’une phase de sparring ou randori (mise en application)

Voici un exemple de randori souple par Rener Gracie, mais avec intention mutuelle des deux pratiquants de dominer l’autre. Nous sommes donc là dans la phase 4 de l’application en combat, même si les deux pratiquants restent très sobres et respectueux dans leur manière de combattre. C’est du combat !

Exemple d’une phase d’apprentissage et de répétition d’une technique

Dans cette démonstration de krav-maga (qui est un exemple je le rappelle, je ne vise pas le krav-maga ni même une discipline spécifique). Nous pouvons ressentir la vitesse, l’explosivité, la dextérité, et la précision des participants. Pourtant, nous sommes à mi-chemin entre la phase 2 et 3. Nous ne couvrons donc qu’une très mince partie de la connaissance réelle d’une technique. Ici, nous sommes dans la partie émergée de l’iceberg.

Je vous invite maintenant à regarder encore une fois cette vidéo, mais en observant uniquement les agresseurs et leurs réactions.

Vous l’avez fait ? Je vous laisse maintenant analyser la situation par vous-même.

Remémorez-vous le schéma de l’iceberg pour comprendre l’efficacité et apprendre une technique d’arts martiaux.

Je n’essaie pas de démonter la self-défense, les disciplines martiales de self-défense comportent des notions qui peuvent peut-être un jour vous sauver la vie. J’essaie simplement d’expliquer qu’une discipline basée sur de la défense doit permettre à ses pratiquants de combattre. Même sous forme de jeu comme nous l’avons vu plus haut ; pour développer des aptitudes qui ne s’acquièrent que par la pratique d’affrontement. Nous revenons à la partie immergée de l’iceberg. C’est celle qu’on voit difficilement, mais celle qui reste la plus importante.

Ne tombez pas dans cette erreur en vous disant : “je pratique une discipline pour la rue, et dans la rue, il n’y pas de gants”. Certes ce sera un peu différent sans les gants, mais en ayant ce point de vue, vous risquez de vous fermer les portes à la pratique du sparring ou du randori, qui reste le seul moyen de développer les aptitudes nécessaires à la compréhension et à l’application d’une technique.

Exemple d’une session sparring à intégrer

Exemple de session sparring à intégrer pour le domaine de la self-défense pour couvrir au maximum la partie immergée de l’iceberg ou le point numéro 4 afin de correctement apprendre une technique d’arts martiaux.

Le propriétaire de cette vidéo le dit très bien dans les commentaires : Light sparring is important for developing a sense of rhythm, timing and distance in a safe and controlled manner.

Traduit par : le sparring léger est important pour développer le sens du rythme, le timing, et la distance d’une manière sûre et contrôlée.

J’essaie simplement de sensibiliser sur le niveau d’intégration réel que l’on peut avoir.

Conclusion

Finalement, vous l’avez compris, pour apprendre une technique d’arts martiaux, vous devez principalement la travailler en combat. Il n’y a pas de miracle. Pensez donc à ne jamais négliger la phase 4 de mise en application. Sinon vous passez à côté de toute l’essence même d’un affrontement réel et de ce qui a fait naître le monde des arts martiaux et des sports de combat.

Ne négligez pas non plus les phases 1 à 3, car sans cela, vous ne pouvez simplement pas mettre en application votre technique.

Je n’essaie pas de placer les sports de combat en dessus de la self-défense, ce n’est pas le cas. Mais en terme d’efficacité, une discipline qui ne couvre pas le point 4, perd toute la véritable richesse des arts martiaux.

Il s’agit de concepts plus poussés dans cet article, mais j’espère qu’ils ont satisfait la plupart !

Bon entraînement !

Dis-moi ce que tu en penses !

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